Yayno

Situé à la confluence des fleuves Pomabamba et Lucma sur le flanc Est de la cordillère blanche à 4150 m d’altitude, le site de Yayno (ou Yaynu) est le plus grand site de la culture Recuay avec 25 hectares pour sa zone principale et 105 hectares si l’on compte les sites et structures associées. Malgré la beauté de ces ruines monumentales se dressant face aux glaciers de la cordillère blanche, le site est rarement visité car la province de Pomabamba est difficile d’accès et le site reste totalement abandonné.

Comment s’y rendre

On peut rejoindre le village de Pomabamba depuis Chimbote en bus (environ 10h de trajet), cette zone isolée se situe aussi sur l’axe longitudinal andin du Qhapaq Ñan et on peut aussi arriver ici à pieds. Notons également que certaines agences de treks proposent la visite de Yayno lors du trek du tour de l’Alpamayo.

Depuis Pomabamba : On peut choisir l’option courte par le hameau de Curaca ou la version plus longue par le village de Huanchacbamba. Dans les deux cas il faut compter environ 40 min en taxi depuis Pomabamba. Vous trouverez des taxis Jr. Arica sur la petite place de l’église Can Francisco, comptez entre 180 et 250 Soles pour une course a/r avec attente.

Balcon traditionnel à Pomabamba

La randonnée

Depuis Curaca (4,5 km A/R, +300m -300m 1-2h de marche)

Le sentier débute derrière les deux maisons, attention à l’accueil des chiens ! Suivre le sentier bien marqué et probablement d’origine préhispanique jusqu’au croisement des 5 chemins et prendre le sentier le moins marqué qui monte en direction de Yayno. Retour par le même chemin.

Depuis Huanchacbamba (10 km A/R, +600 -600 m, 3-4h de marche)

Le chemin de Yayno se trouve à la sortie de Huanchacbamba et donne directement sur la piste. Le large sentier monte jusqu’à une première crête et longe la montagne. Continuer de suive le chemin qui monte. Une seconde crête dévoile une vue sur le sommet de Yayno puis on arrive juste sous le site et ses immenses fossés. Il faut alors dépasser les ruines pour rejoindre un petit plateau sur la crête d’où partent 5 chemins. Le sentier sur votre gauche mène à l’entrée principale de Yayno. Le retour peut se faire par le même chemin ou via une randonnée le long des crêtes vers d’autres ruines.

Chronologie du site

Le site archéologique de Yayno a été occupé entre les années 400 et 800, ce qui correspond à l’époque Recuay (voir l’article sur Recuay). Le site ne semble pas avoir été occupé ou influencé par Huari, en effet aucune céramique ou tombe caractéristique de cette époque n’ont été découvertes. A partir du 9 eme siècle Yayno est abandonné.

Le site a été visité par l’archéologue péruvien Julio C. Tello en 1929 qui cherchait à établir une nouvelle théorie sur l’origine des civilisations péruviennes.

Depuis 2005, le projet archéologique Yayno du britannique George Lau a permis de réaliser une cartographie, une reconnaissance de surface puis des fouilles entre 2005 et 2006.

Visite

Accès et organisation du site

Yayno occupe le sommet de la montagne et possède un aspect défensif avec sa position perché au sommet d’une crête, ses tranchées, ses murs haut, et sa forme compacte.

Les constructions de Yayno sont parfaitement intégrées dans le paysage et épousent la forme de la montagne pour former une sorte d’éventail. Plus de 600 ans avant les incas, on remarque déjà une capacité à planifier et intégrer parfaitement un édifice à une montagne.

Vue aérienne de Yayno.

Si le plan global et l’intégration du site semblent parfaitement organisé, la variété de la maçonnerie et de l’architecture de Yayno laisse penser au contraire que la construction du site n’a pas été totalement planifiée et qu’il aurait pu être construit par plusieurs groupes différents.

A la différence d’autres sites Recuay comme Pashash qui est principalement funéraire, à Yayno les tombes ne se trouvent pas dans la zone monumentale du site qui semble exclusivement résidentielle.

L’accès aux zones résidentielles est restreint et les zones centrales du site semblent être les plus privilégiées. L’entrée principale originale du site semble se situer du côté de l’immense escalier qui ordonne le flux et passe par trois portes monumentales pour atteindre la place.

Plan de Yayno réalisé par George Lau.

Architecture Recuay

Bien que l’architecture de Yayno présente des formes variées, on retrouve la maçonnerie Recuay qui se caractérise par la superposition de grandes pierres « huancas » entourée de petites pierres « Pachillas ». Cette superposition Huanca-Pachilla caractéristique des édifices Recuay prend à Yayno des proportions impressionnante sur certains complexes qui intègrent d’immenses roches dans leurs murs.

Place principale

La plus grande place de Yayno mesure 55x45m et elle est située au cœur du secteur résidentiel. On y accède par l’immense escalier flanqué de deux murs. La place a été construite sur une plateforme de 12m de hauteur.

La place se distingue nettement au centre du complexe

Escalier monumental

L’entrée originale de Yayno se trouvait probablement entre les complexes c51 et c 41 où un sentier mène à un petit plateau où converge différents sentiers probablement d’origine Recuay. L’escalier traverse 3 portes avant d’arriver sur la place de Yayno. Le site étant totalement abandonné, il est difficile de distinguer cet escalier aujourd’hui au milieu de l’ichu et des arbustes qui ont envahi les ruines.

Montée vers la place de Yayno par l’escalier.
La porte de la place.

Fossés et murs

Yayno est entouré de 10 fossés de taille variable. Ils s’étendent sur les côtés Ouest, Nord et NNE et forment une sorte d’arc tout autour du sommet de la montagne. La partie Nord Est dépourvue de fossé est naturellement protégée par des barres rocheuses.

De par leur dimension, ces tranchées sont visibles de très loin (on peut ainsi les observer depuis la place de Pomabamba à 8km en contrebas dans la vallée !). Elles ont probablement été creusées en utilisant des failles, barres rocheuses et reliefs dues à l’érosion naturelle. A certains endroits, le fossé est renforcé par un mur s’élevant au-dessus de sa partie intérieure pour former une sorte de rempart.

Ces trous servaient probablement à ralentir les ennemis, les guider vers la partie la plus escarpé ou les bloquer à un niveau où ils constituaient des cibles faciles pour des projectiles.

L’intérieur d’un fossé de Yayno

Le site ne possède pas de mur périphérique continu, ce cas est fréquent dans les constructions Recuay et cela est peut-être dû à la nature du terrain. Cependant, les bâtiments collés les uns aux autres forment une sorte de muraille du côté le plus vulnérable de Yayno.

Les fossés de Yayno

Zones résidentielles

Yayno est composé en grande partie de complexes résidentiels. Les bâtiments rectangulaires ou circulaires possèdent des cours intérieures qui sont le centre de la vie sociale ainsi que des habitations disposées tout autour et utilisées pour dormir, pour cuisiner et comme lieu de stockage. On trouve les trois types de bâtiments suivants : les complexes de terrasses, les complexes circulaires fortifiés et les complexes rectangulaires fortifiés. Ces 50 complexes auraient pu héberger entre 600 et 900 personnes sur le site.

Complexe fortifié circulaire

C’est le type de bâtiment le plus présent sur le site et on en dénombre 30. Ils mesurent entre 12 et 27m de diamètre et sont entourés d’un mur sans ouvertures pouvant mesurer jusqu’à 12 m de hauteur. Des pièces étaient disposées sur plusieurs étages le long du mur intérieur formant ainsi une cour ouverte au centre du bâtiment, cette cour pouvait être libre ou occupée par plusieurs bâtiments. Les parties supérieures des complexes fortifiés sont aujourd’hui toutes endommagées et des planchers, échelles et escaliers permettait sans doute de circuler dans les étages supérieurs. Si les portes sont nombreuses à l’intérieur des complexes, les ouvertures vers l’extérieur sont peu nombreuses et les entrées difficiles à localiser. Des entrées se trouvaient peut être sur la partie supérieure des bâtiments aujourd’hui disparue.

Un Complexe circulaire dessiné par George Lau.
Intérieur du complexe circulaire c51.
Détail d’un mur d’un complexe circulaire.

Complexe fortifié rectangulaire

Ces édifices sont les plus élaborés de Yayno et possèdent la maçonnerie la plus fine. Le plus grand mesure 34x37m, il est entouré d’un mur de 11 m de hauteur et possède 16 pièces. Comme les complexes circulaires ces bâtiments sont composés de pièces d’usage domestique et d’une cour intérieure ouverte. La majorité des portes donne sur la cour intérieure de l’édifice.

Plan d’un complexe rectangulaire réalisé par George Lau.
Complexes rectangulaires c40 et c41
Intérieure du c41
Les complexes c40 et c41 sont parmi les édifices les mieux préservés de Yayno

Complexes de terrasses

Ces longs bâtiments sont composés d’un seul étage et divisés en plusieurs petites pièces. Ils sont situés à la périphérie du site. Leur maçonnerie est simple et leur usage était domestique. L’absence de céramique fine ou d’objets de prestige dans ces bâtiments semble indiquer qu’ils étaient destinés à des groupes d’un statut social inférieur à ceux des autres bâtiments.

Le réseau de sites satellites

Depuis le sommet on observe facilement 3 hameaux d’altitudes dédiés à l’agriculture.  A l’époque Yayno possédait une série de petites communautés périphérique proche des hameaux agricoles actuels. De plus il existe 7 sites de grande taille (2-4 hectares) tous situés à environ 2h de marche de Yayno.

Conclusion

De nombreuses théories ont été établies concernant Yayno qui a été considéré comme une citadelle, une capitale politique, un centre cérémoniel ou un cimetière. Ses bâtiments ont été considérés comme des silos de stockage, des prisons, des observatoires ou des acllawasi.

Mais les recherches de Lau ont permis d’établir que Yayno était une ville fortifiée abritant de nombreux complexes résidentiels. Les bâtiments les plus privilégiés se trouvent au centre du complexe, ainsi les biens les plus précieux ont été retrouvés dans ces bâtiments lors des fouilles.

Les éléments principaux du site semblent avoir mobilisé une large main d’œuvre et avoir été planifié alors que les complexes résidentiels, de taille et d’aspects différents, auraient pu être à charge de groupes plus petits et autonomes, peut-être des groupes familiaux.

Les ruines se trouvent juste au-dessus de la limite de l’étage écologique Suni ce qui offre une position stratégique pour profiter à la fois des pâturages et de l’agriculture d’altitude. Les nombreux sites alentours contemporains à Yayno sont tous de dimensions inférieures et ils sont bâtis avec une maçonnerie plus basique. Ceci semble indiquer que Yayno aurait pu être leur centre politique.

Yayno semble être en rupture avec les civilisations précédentes comme Chavin ou d’autres grands temples où la majorité des œuvres publiques furent bâties dans une optique religieuse avec comme objectif la diffusion d’idées religieuses.

La plupart des sites Recuay possèdent peu d’éléments défensifs si ce n’est leur localisation, l’utilisation de murs ou l’exploitation d’éléments naturels comme des falaises. La construction de Yayno au contraire, a dû demander des efforts considérables pour la construction d’éléments défensifs surdimensionnés et visibles à large distance. Les défenses de Yayno auraient été construites pour se défendre d’une concurrence régionale entre les groupes Recuay et non d’un ennemi extérieur.

Cependant, les constructions de Yayno semblent surdimensionnées pour répondre à des simples besoins défensifs et pourrait avoir servi à démontrer le statut social de leurs habitants. L’architecture défensive et massive semble ainsi avoir fait partie intégrante d’une imagerie mettant en scène des chefs guerriers. On trouve ainsi des céramiques Recuay représentant des guerriers et des bâtiments ou sites perchés sur des terrasses.

A Yayno et Pashash, les fouilles archéologiques tendent à montrer que les groupes Recuay ne bénéficiaient pas d’un réseau étendu permettant des échanges interrégionaux. La géographie complexe et l’éloignement entre les sites Recuay auraient ainsi pu empêcher une intégration large des différents groupes de la région.

Le saviez-vous ?

  • Yayno fait partie des sites les plus impressionnants de la région et pourtant il reste encore largement méconnu.
  • Il existe plus d’une dizaine d’autres sites Recuay situés aux alentours de Yayno.
  • On a retrouvé une tombe inca accompagnée de nombreuses offrandes et notamment des coquillages spondylus à Yayno.

VUEs 360

Infos pratiques

  • Prix d’entrée : Gratuit
  • Type d’accès : Randonnée
  • Temps d’accès : 1 à 2 h de marche
  • Département/Province : Ancash/Pomabamba
  • Altitude : 4150 m
  • Ville de départ suggérée : Pomabamba
  • Temps de visite : 2 à 4h
  • Service de guide : Non ?
  • Service de muletiers : Non
  • État du site : Fouillé mais non restauré
  • Musée de site : Non

Sources

GEORGE F.LAU, GABRIEL RAMON. Ciudadela fortificada de la tradicion Recuay : Yayno cima del mundo. In : Gaceta Cultural del Peru. Avril 2007. N°27, pp. 26-29.

GEORGE F.LAU. Peligros ambientales y el archivo arqueológico: culturas y vulnerabilidad antigua en la sierra de Áncash, Perú.

GEORGE F.LAU. La cultura Recuay: un breve ensayo. In: Perú Prehispánico: un estado de la cuestión. 2019.Luis Jaime Castillo y Elías Mujica editores. pp. 208-233.

GEORGE F.LAU. An Inka Offering at Yayno (North Highlands, Peru): Objects, Subjects and Gifts in the Ancient Andes. In : Cambridge Archaeological Journal 29:1.2018. pp. 159–179

GEORGE F.LAU. Fortifications as Warfare Culture: The Hilltop Centre of Yayno (Ancash, Peru), ad 400–800. In : Cambridge Archaeological Journal 20:3, 2009, pp. 419–448

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